Le secret – Voyage à Jeju – Chapitre 7

– Point de vue de Da In –

Je suis à bout de souffle lorsque j’arrive enfin sur la plage. Jin m’a prévenu par téléphone qu’il avait retrouvé notre fille mais j’ai besoin de la voir en chair et en os pour le croire. Nous nous sommes donné rendez-vous sur la plage près de la maison. Je crois que je n’ai jamais couru aussi vite de ma vie. J’arrive enfin sur le bord de mer où j’aperçois ma fille construire un château de sable. Je file vers elle, prête à la disputer comme jamais d’avoir fugué ainsi. Pourtant, en la voyant me sourire, ma colère se transforme en soulagement. Je tombe à genoux devant elle et m’empresse de vérifier qu’elle n’a rien en examinant son visage et scrutant chaque partie de son corps. Mon comportement ultra protecteur semble amusé Sun Hi. Je la serre contre moi, ne pouvant plus la lâcher.

– Ne pars plus jamais comme ça… J’ai eu tellement peur.
– Maman, tu m’étouffes.

Je finis par désserrer mon étreinte mais n’arrive pas à me détacher d’elle pendant un moment. J’ai tellement eu peur de la perdre, encore une fois. Plusieurs fois, lors de sa leucémie, elle a failli mourir et imaginer ma vie sans elle me terrifie. Sun Hi est un peu surprise de ma réaction, elle pensait sûrement que j’allais la disputer.

Je ne sais pas pourquoi je me mets à pleurer. Ma fille ne sait pas comment interpréter cela et semble prise au dépourvu. Je crois que c’est la première fois qu’elle me voit pleurer. Même lorsqu’elle était au plus mal, à l’hôpital, je n’ai jamais versé une larme devant elle.

– Papa, Grand Pa ! Venez vite ! Maman ne va pas bien !

Dans l’effervescence des retrouvailles, je n’ai même pas vu que Jin et mon grand-père étaient tout les deux assis un peu plus loin. Jin est le premier à répondre à l’appel de Sun Hi. Il m’oblige à la lâcher et m’aide à me relever. J’ignore pourquoi je pleure comme une madeleine mais je n’arrive pas à m’arrêter. Jin ouvre ses bras en souriant. Je ne refuse pas ce câlin et enfoui mon visage sur sa poitrine. Jin a un pouvoir apaisant sur moi, je ne sais pas si c’est son parfum subtile ou la façon qu’il a de tapoter ma tête en me disant que tout va bien. En tout cas, mon torrent de larmes finit par se tarir. Je relève la tête et croise son regard bienveillant.

– Ça va mieux ?
– Oui… Je suis désolée, je crois que j’ai ruiné ton t-shirt, dis-je en montrant les taches de larmes et de maquillage. Je ne sais pas ce qui me prend. J’ai l’air d’une gamine à pleurer comme ça, je suis lamentable.
– Ce n’est pas vrai. Je pense surtout que tu te mets trop la pression.
– C’est toi qui me dit ça ?

Il ose me dire que je me mets trop la pression alors qu’il fait la même chose dans son travail ? Il est persuadé, à tort, qu’il n’a pas le même niveau que les autres membres. Il est très sévère avec lui-même. Certe, il lui faut parfois un peu plus de temps pour assimiler une chorégraphie mais il réussit tout de même. La pression, il se la met souvent tout seul.

– Je sais, c’est bizarre venant de moi, dit-il en effaçant les dernières traces de larmes sur mon visage. Mais je connais ce sentiment de devoir toujours en faire mieux, qu’on attend toujours plus de toi. Le jugement perpétuel, je connais. Je le vis tous les jours.
– Peut être mais c’est ma famille qui te juge mal pour les mauvaises raisons. Tu fais mine que ça ne touche pas mais je sais qu’au fond, tu en souffres.
– Je suis surtout triste de te voir si malheureuse.
– Je devrais dire la vérité à mon grand-père. Je n’en peux plus de le voir te traiter ainsi. Tant pis si mon image de petite fille parfaite vole en éclat.
– Je n’ai jamais demandé à ce que tu sois parfaite, s’exclame soudain mon grand-père.

Mon coeur se serre brusquement en reconnaissant la voix de mon aïeul. Je me retourne lentement, pétrifiée à l’idée qu’il a tout entendu. Mon grand-père se tient à quelques mètres, Sun Hi lui donne la main et balade son regard entre moi et lui. Elle se demande surement qui de nous deux sera le premier à parler. J’ignore ce qu’il a entendu mais je vois bien qu’il n’est pas bien. Je reste muette pendant des secondes qui me paraissent durer des minutes. Les mots restent bloqués dans ma gorge. Je suis extirpée de ma torpeur lorsque mon grand-père tombe soudain à genoux, en se tenant le coeur. Je me rue vers lui et le rattrape avant qu’il ne s’effondre.

– Grand-père ! Crie-je pour le réveiller.

Il se réveille finalement deux heures plus tard à l’hôpital. Je viens de parler au médecin qui me rassure sur son état de santé.

Sur la plage, il a fait un arrêt cardiaque et a rapidement été transporté en ambulance jusqu’ici. Dans le véhicule, une seule personne pouvait l’accompagner. Jin m’a poussé à côté de l’ambulancier, m’indiquant qu’il me rejoindrait à l’hôpital. Sun Hi n’arrêtait pas de pleurer en voyant son arrière grand père inconscient. Je n’étais pas en meilleure condition, persuadée que j’étais responsable de son arrêt cardiaque. Je savais qu’il était fragile du coeur.

J’ouvre la porte de sa chambre. Mon grand-père occupe une chambre double mais son voisin doit être parti faire des examens car le lit est vide. Je me rapproche du second lit, celui près de la fenêtre. Il me voit entrer mais ne dit pas un mot et évite même mon regard en tournant tête vers l’extérieur. Je m’assoie sur le fauteuil, prends sa main et entrelace nos doigts J’ai tellement eu peur de ne plus pouvoir tenir cette main. Depuis mon arrivée dans cette chambre, il m’ignore complètement. Pourtant, avec ce geste, je capte son attention. Je ne sais pas si c’est le meilleur moment pour lui dire la vérité mais c’est le moment pour moi de me libérer de ce poids.

– Grand-père, Jin n’est pas celui que tu crois. Il ne m’a pas abandonné à la naissance de Sun Hi. Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, nous étions déjà séparés. Je ne lui ai jamais dit que j’attendais un bébé. Je voulais cet enfant et j’ai cru que je pourrais l’élever toute seule. A l’époque, j’étais jeune, égoïste et présomptueuse. Je ne regrette pas mon choix, je suis heureuse d’avoir Sun Hi, je l’ai aimé dès que j’ai appris qu’elle grandissait dans mon ventre.

Il m’écoute attentivement, ne cherchant pas à m’interrompre. J’essaie de lire dans ses yeux ce qu’il pense mais il détourne de nouveau le regard en me voyant faire.

– Mais rapidement, j’ai perdu pied. J’ignore encore comment j’ai réussi à terminer ma première année d’université. Sun Hi ne faisait pas ces nuits et je courais partout dans la journée pour étudier et travailler à mi-temps. J’avais peut-être la meilleure volonté du monde mais ça ne suffisait pas. Lorsque j’ai cru que tout allait exploser, j’ai quitté Séoul et suis venue me réfugier vers la seule personne sur laquelle j’étais sûre de pouvoir compter : toi.
– Da In, je sais déjà tout ça, me coupe soudain mon grand-père.
– Tout ça ? Répète-je intriguée.
– J’ai surpris ta conversation avec Jin l’autre nuit. Je sais que tu m’as menti.

J’ouvre mes yeux grands comme des soucoupes suite à cette révélation. La porte de la chambre s’ouvre. J’aperçois du coin de l’oeil Jin et Sun Hi. J’ai besoin de dire à mon grand-père ce que je ressens vraiment et continue alors mon monologue malgré la présence de ce public.

– Je suis désolée de t’avoir menti. Mais toi aussi tu m’as menti. Tu m’as toujours dit de suivre mes rêves, de faire ce qui me rendait heureuse. Pourtant, tu ne laisses aucune chance à Jin alors qu’il nous rend heureuse Sunshine et moi. Ce n’est pas seulement le père de Sun Hi. C’est la personne qui me donne envie de me lever tous les matins, qui me fait rire, me réconforte et qui m’aime. En le rejetant, tu me rejettes moi aussi. Je sais qu’il n’est pas le prince charmant que tu imaginais pour moi. Notre couple n’est pas le plus normal qui soit mais cela nous convient. Si tu m’aimes vraiment, tu dois accepter notre relation. Tu dois accepter mes choix. Je t’aime, je ne veux pas à avoir à choisir entre toi et Jin. Je suis désolée de t’avoir déçue. Mais toi aussi, tu m’as déçu.

Les sanglots commencent à monter. J’ai dit tout ce que j’avais à dire. Le silence de mon grand-père est pire qu’un poignard. Je préférais qu’il râle ou simplement qu’il me regarde avec dédain. Son ignorance est encore plus douloureuse. Je ne vois pas de raisons à rester ici plus longtemps. Je me lève m’apprêtant à quitter cette chambre et à tirer un trait définitif sur lui. Je fais deux pas avant de me rendre compte que ma main est toujours dans celle de mon grand père.

– Attends… dit-il dans un murmure.

Il tient fermement ma main m’empêchant de fuir. Mon regard se pose sur Jin qui semble aussi intrigué que moi. Je finis par me retourner vers le lit.

– Da In… Pourrais-tu m’aider à choisir une tenue ?
– Hein ?

Je suis complètement perdue. Mais de quoi parle-t-il ? Un instant, j’ai l’mpression que ce n’est pas seulement le coeur qui a été atteint lorsque de son malaise. Il perd la tête, pourquoi me parle-t-il de vêtements, et surtout maintenant ? Mon interrogation doit se lire sur mon visage car il s’explique aussitôt.

– Une tenue pour votre mariage… J’aimerais bien t’accompagner à l’autel mais je doute que le costume de cérémonie que j’ai porté au mariage de ta mère soit encore à la mode. Je ne voudrais pas te faire honte.
– Cela veut dire que tu acceptes notre relation ? Dis-je dans un souffle, à la fois heureuse et déconcertée de la manière dont il me l’annonce.
– Vraiment ? Demande alors Jin qui semble plus surpris que moi.
– Toi jeune homme, tu as encore des efforts à faire. Je veux bien te donner une chance mais si j’apprends que tu fais pleurer ma petite fille…
– Papa ne fera jamais ça, dit alors Sun Hi dont j’avais presque oublié la présence tellement elle se faisait discrète. Et s’il le fait, je serais la première à te le dire.
– Sun Hi… se plaint alors Jin.
– Viendras-tu au mariage avec la dame du restaurant ? Interroge ensuite ma fille.

Jin et moi tournons la tête en même temps vers mon grand-père qui paraît gêné de la question. Il bégaie quelques mots inaudibles. Sun Hi, comme d’habitude a le chic pour dire les choses franchement quitte à mettre les gens dans l’embarras.

– Grand Pa a une amoureuse. Nous avons mangé ce matin dans son restaurant.
– Pourquoi penses-tu qu’il soit amoureux ? Cherche à savoir Jin.
– Il la regarde comme tu regardes Maman.

FIN

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