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L’effet papillon – Chapitre 41

24 décembre 2018

Le bus traversa les rues décorées de la ville. Alex regarda les maisons aux couleurs de Noël mais il n’était pas d’humeur à profiter de ce décor. Il n’avait en tête que Nathan. Il était persuadé qu’il lui cachait quelque chose d’important. Depuis la visite inopinée de ses parents, à Thanskgiving dernier, quelque chose avait changé.

Nathan avait toujours été évasif sur ses parents, sur sa vie au Texas. Alex n’avait pas voulu creuser la chose, comprenant que les relations entre ses parents et lui étaient compliquées. Pourtant, il avait rencontré sa mère. Elle les avait surpris en train de s’embrasser. Il s’attendait à ce qu’elle fasse un scandale, comme Nathan le redoutait mais rien de tel ne se passa.

Madame Taylor n’était pas la personne sans coeur et homophobe qu’il lui avait décrit. Elle ressemblait plutôt à une mère préoccupée par le bonheur de son fils. Il s’en aperçut lorsqu’elle vint le voir, à son travail, le lendemain de leur rencontre, pour passer du temps avec lui. Elle s’intéressa à lui, chercha à savoir qui était le petit ami de son fils. Il ne comprit pas pourquoi Nathan prit peur en les voyant simplement discuter.

Alex avait l’impression que Nathan ne lui faisait pas confiance. Comment pouvait-il douter de lui ? Après tout ce qu’il avait fait pour lui ? Il l’aimait vraiment, plus qu’il ne pouvait l’imaginer. Il avait tellement galéré pour obtenir son attention. Il ne s’était jamais autant démené pour draguer quelqu’un. Avant de rencontrer Nathan, il lui suffisait d’aller à une soirée pour trouver quelqu’un avec qui finir la soirée. Ce texan timide avait transformé ce bourreau des cœurs en petit ami comblé.

Il avait décidé d’annuler son vol pour l’Alaska pour venir ici, à Dallas. Il n’aurait pas pu passer de bonnes fêtes avec sa mère, en sachant que Nathan n’était pas honnête avec lui. Il devait le confronter une bonne fois pour toute. Il préférait subir sa colère plutôt que de continuer à s’imaginer des scénarios improbables. Il en était même venu à imaginer qu’il refusait qu’il l’accompagna ici pour retrouver un autre homme. C’était stupide mais cette image de Nathan dans les bras de quelqu’un d’autre lui trottait dans la tête.

Le chauffeur annonça qu’il était arrivé au terminus. Alex sortit de sa rêverie et descendit du bus. Il suivit le GPS de son portable qui lui annonça une marche de quinze minutes. Il traîna sa valise dans cette zone résidentielle où chaque maison était plus belle, plus grande ou plus décorée que la précédente. Son téléphone l’informa soudain qu’il était arrivé à destination. Il leva alors les yeux vers le haut portail en fer forgé qui laissait découvrir, au loin, une imposante demeure.

Alex se demanda un instant s’il ne s’était pas trompé d’adresse. Il décida de sonner à l’interphone pour s’en assurer. Au bout de quelques secondes interminables, une voix lui répondit. Il se présenta rapidement et demanda à voir Nathan. Il n’eut pas le temps de développer qu’il entendit la voix de Madame Taylor résonner dans l’appareil.

– Vous pouvez le laisser entrer, c’est le petit… Laissez entrer !

Le grand portail s’ouvrit et Alex remonta l’allée qui lui sembla sans fin. Il finit par arriver à la porte de cette maison qui était encore plus imposante une fois devant. Madame Taylor l’accueillit en le serrant dans ses bras.

– Alex, je suis tellement contente de te voir.
– Bonjour Madame Taylor.
– Entre vite. Pose donc ta valise ici. Tu m’as l’air frigorifié.
– Je ne pensais pas que votre maison était si loin de l’arrêt de bus, expliqua Alex.
– Le bus ? Nathan aurait dû me prévenir de ton arrivée, j’aurais demandé à notre chauffeur d’aller te prendre à l’aéroport.

Alex suivit la mère de famille. Ils traversèrent le hall d’entrée, presque aussi grand que son propre appartement. Elle lui proposa de s’asseoir dans le salon où à peine avait-il posé ses fesses sur le canapé qu’une employée de maison apporta du thé.

– Du thé ? Sofia peut t’apporter autre chose si tu veux, café, chocolat ? Une boisson fraîche ?
– Euh, bredouilla le garçon. Le thé, c’est très bien.

Alex ne cessait de regarder tout autour de lui. Un chauffeur ? Une employé de maison ? Cette maison immense et luxueuse ? Il se demanda un instant s’il n’avait pas atterri dans un monde parallèle. Monsieur Taylor ne pouvait pas être le petit entrepreneur que lui avait décrit son fils. A moins d’avoir gagné au loto, sa famille ne pouvait pas vivre dans un tel endroit. Madame Taylor le regarda, en souriant mais remarqua l’embarras du garçon. Elle but une gorgée de sa tasse de thé avant de prendre la parole.

– Je vois que Nathan ne t’a toujours rien dit, sur notre famille.
– Il me cache quoi ?
– Ce n’est pas à moi de te le dire.

Alex n’aimait pas cette réponse. Il n’avait pas fait tout ce chemin pour rien. Où était-il tombé ? Qui était vraiment Nathan et pourquoi sa mère semblait-elle si frileuse à parler de leur famille ? Le garçon avait raison depuis le début, son petit ami lui cachait quelque chose.

Un bruit se fit entendre dans l’entrée. Leur conversation s’arrêta net. Madame Taylor tourna la tête. Un claquement de porte indiqua l’arrivée d’une personne.

– Nathan, tu peux venir une seconde ! S’exclama la mère de famille.
– Maman, à qui est cette valise dans…

Nathan se stoppa net. Visiblement, il rentrait d’une balade à cheval, à en juger par sa tenue. Son coeur manqua un battement lorsqu’il vit son petit ami au milieu du salon, en train de prendre le thé avec sa mère.

– Qu’est-ce que… Tu n’es pas en Alaska ? Finit-il par articuler.
– Je crois que vous avez des choses à vous dire, fit Madame Taylor en se levant. Je vais vous laisser.

Elle s’approcha de son fils et posa la main sur son épaule. Nathan avait toujours les yeux rivés sur son petit ami mais sentit la chaleur réconfortante de sa mère. Elle voulut lui dire une parole encourageante mais se contenta de ce geste. Elle quitta la pièce tandis que Nathan se rapprochait de son petit ami.

– Tu n’as pas ta place ici, annonça le jeune texan.

Alex resta muet, choqué d’entendre cela de la part de la personne la plus importante dans sa vie.

– J’ai compris, dit Alex, sa voix se perdant un sanglot. Je fais tâche dans ce décor.

Il prit son manteau posé, à ses côtés et chercha à quitter au plus vite cette maison. Quelle idée stupide avait-il eut de venir ici ? Nathan ne le trompait pas, il avait simplement trop honte de lui. Il était simplement un gamin riche qui s’amusait avec lui, pauvre étudiant qui avait dû faire un prêt sur 10 ans pour se payer l’université.

– Alex ! Attends ! Ordonna-t-il en lui courant derrière.

Alex chercha des yeux sa valise et la retrouva à l’endroit où il l’avait laissée. Il s’en approcha mais Nathan courut et s’en empara juste avant lui.

– Nathan, rends moi cette valise.
– Hors de question !

Alex le fustigea du regard puis souffla avant de décider de lui laisser sa valise. Après tout, il voulait juste partir au plus vite, tant pis s’il perdait quelques affaires au passage. Il contourna alors Nathan et mit la main sur la porte d’entrée lorsqu’il sentit deux bras enserré sa taille et la chaleur réconfortante de Nathan dans son dos.

– Je cherche juste à te protéger, murmura Nathan.
– De qui ? De ton père ?

Alex sentit un hochement de tête dans son dos. Pourquoi le père de Nathan lui faisait-il si peur ? Pourquoi faisait-il tout pour le tenir éloigné de sa famille au point de faire vaciller leur couple ?

– Ton père fait des choses illégales ? Osa demander Alex.
– Plutôt immorales…
– Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu étais riche ?
– Tu es le premier à t’être intéressé à moi pour ce que j’étais vraiment. J’ai eu peur que tu m’abandonnes en apprenant qui je suis.

Alex lâcha la porte d’entrée et se retourna vers Nathan. Comment pouvait-il croire qu’il l’aurait quitté parce qu’il était le fils d’un homme visiblement peu honorable ? Coup de foudre, destinée, âmes soeurs, les mots pour décrire ce moment où l’on sait que la personne devant nous est la bonne, varient d’une personne à l’autre. Alex ne pouvait pas l’expliquer, il ne pouvait pas mettre de mot sur la sensation qu’il avait ressenti la première fois qu’il avait rencontré Nathan, il savait juste qu’il devait lui parler, impérativement. Il avait eu l’impression que sa vie en dépendait. Il gardait peu de souvenirs de cette soirée, il ne savait plus qui l’accompagnait à cette fête, ne se souvenait plus du lieu ou de la raison de ce rassemblement. Le seul souvenir qu’il conservait, c’était Nathan qui ressortait du lot pour une raison inexplicable. Ce soir-là, le monde s’arrêta de tourner, il ne voyait que lui.

Je suis tombé amoureux de toi au premier regard. Je sais, c’est cliché, culcul la praline, tout ce que tu veux mais c’est vrai. Je t’ai vu et j’ai su. Je ne connaissais même pas ton prénom que je nous voyais déjà mariés, raconta Alex en souriant.
Je suis sûr que tu ne voudras plus me passer la bague au doigt quand tu connaitras la vérité.

Nathan tourna la tête. Il n’était pas prêt à lire la déception dans les yeux de son petit ami mais il lui devait la vérité. Le coeur lourd, il souffla pour se donner du courage de le regarder. Après des secondes qui semblaient durer une éternité, il ancra ses yeux dans ceux d’Alex.

– Je suis le fils héritier du Taylor Group, avoua Nathan.

Il resta un instant à fixer Alex, cherchant à déchiffrer ses pensées sans y parvenir. Ce dernier sembla digérer la nouvelle, il resta silencieux. Nathan s’attendait à tout sauf à la réaction qu’il eut.

– Quoi ? Tu pensais que j’allais te quitter pour ça ? Demanda-t-il en souriant.
– A cause de moi, ta mère a perdu son emploi !
– Ma mère a perdu son boulot à cause des actionnaires de ce groupe, corrigea immédiatement Alex.
– Ma famille a détruit la tienne.

Nathan baissa les yeux, s’en voulant pour une chose qui était pourtant hors de son contrôle. Alex prit le visage de Nathan entre ses mains. Ce dernier semblait vraiment penser ce qu’il disait, il semblait sur le point de fondre en larmes. Le voir si triste lui brisa le cœur.

– Tu n’as rien à voir là-dedans.
– A cause de mon père, à cause de moi, ta mère a…

Alex coupa les lamentations de Nathan en l’embrassant. Surpris, il ferma rapidement les yeux pour répondre à ce baiser avec passion.


Ji-Kyung regarda sa montre une nouvelle fois. Elle souffla pour calmer son stress. Elle commençait à regretter d’être là. Elle était arrivée en avance, pensant que cela l’aiderait à gérer ses craintes mais sa boule au ventre était toujours présente. Elle tacha d’occuper son esprit en parcourant le prospectus remis à son arrivée. Elle ne pouvait pas se concentrer sur ce programme, n’arrivant pas à lire deux lignes sans penser à Namjoon.

Pourtant, elle s’intéressait vraiment à l’exposition provisoire de ce musée. Il était prévu qu’elle la visita avec Namjoon après leur retour de tournée. Leur séparation et la perte de Ah-Reum avait fait oublier à Ji-Kyung ce musée. En apprenant que l’exposition se terminait à la fin de l’année, elle voulut la voir et s’étonnait encore d’avoir proposé à Namjoon de l’accompagner.

Ils n’étaient pas revenus ensemble. Ils avaient juste repris contact et depuis, ils se parlaient de temps à autre. Le mois dernier, Namjoon l’avait appelé et en voyant son nom apparaître sur son mobile, elle ne put s’empêcher de décrocher. Elle avait beau lui en vouloir pour son égoïsme, il lui manquait. Il avait partagé sa vie durant presque deux ans, ils formaient une famille, même si la mort de leur fille avait remis en cause leur équilibre. Elle ne pouvait pas le faire disparaître de sa vie aussi facilement.

Elle entendit une voix l’appeler. Elle se retourna et vit alors Namjoon courir vers elle. Son petit coeur se mit à battre la chamade. Elle crut faire une syncope lorsqu’il lui adressa ce sourire révélant ses fossettes. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle puisse être si chamboulée de le revoir.

Après avoir parcouru et contemplé plusieurs œuvres, Ji-Kyung se détendit. Leur ancienne complicité semblait revenir sans qu’ils n’aient à faire trop d’efforts. Leur amour de l’art réussit à les rassembler. Ils discutèrent des tableaux présentés, partageant leur avis souvent contradictoires.

– Je ne comprends pas pourquoi tu n’aimes pas cette oeuvre, fit Namjoon.
– Je trouve juste qu’il manque quelque chose.
– Quoi donc ?
– Je ne sais pas, chercha à expliquer Ji-Kyung. Juste, elle semble… inachevée.

Namjoon fixa le tableau cherchant à comprendre ce que tu lui disait la jolie brune. Il pencha la tête pour tenter de trouver une autre perspective. Il resta un instant à chercher ce sentiment d’inachevé mais ne comprenait pas ce qu’elle voyait dans cette peinture. Soudain, un petit garçon déboula en courant et se cogna dans Namjoon. Il perdit l’équilibre et Ji-Kyung le rattrapa. Il se retrouva alors à quelques centimètres du visage de son ex petite amie. Il était si près qu’il aurait pu voir son reflet dans les prunelles de la jeune femme.

– Veuillez l’excuser ! Fit une voix derrière le couple.

Ils se détachèrent l’un de l’autre, gênés par ce rapprochement. Ils acceptèrent les excuses de la mère de famille qui récupéra le petit garçon qui courait à travers la salle d’exposition. Une fois le petit monstre dans ses bras, elle revint vers eux pour obliger son fils à s’excuser.

– Pardon ! Fit le petit garçon qui ne devait pas avoir plus de deux ans.

La mère de famille s’éloigna. Ji-Kyung ne put s’empêcher de la regarder, un petit pincement au coeur. Dernièrement, à chaque fois qu’elle croisait un bébé ou un jeune enfant, elle ne pouvait pas s’empêcher de s’imaginer à la place de la mère de famille.

– Ji-Kyung !

Namjoon cherchait à la faire sortir de sa bulle mais la jeune femme était complètement absorbée par cette mère et son enfant. Il comprit rapidement qu’elle pensait à Ah-Reum. Un voile de tristesse semblait la submerger et ses yeux commencèrent à briller, signe qu’elle allait se mettre à pleurer d’une minute à l’autre.

– Chaton !

Namjoon écarquilla les yeux, il venait de gaffer. Il venait de l’appeler chaton. Il avait perdu le droit de l’appeler ainsi il y a plusieurs mois. Il se sentait idiot d’utiiliser ce surnom affectif alors qu’ils n’étaient plus ensemble. Il l’avait dit sans y penser, il n’aimait juste pas voir Ji-Kyung si attristée. Il guetta la réaction de la jeune femme, espérant qu’elle n’ait rien entendu. C’était raté. Elle tourna la tête vers lui. Il s’attendait à ce qu’elle s’énerva pour cette familiarité mais sa réaction fût tout autre.

– Chaton ? Répéta la jeune femme, en arquant un sourcil de surprise.
– Excuse-moi. L’habitude…

Namjoon ne sût pas où se mettre. Il passa la main dans ses cheveux, cherchant à cacher son embarras. Il n’osa pas regarder Ji-Kyung. Après un moment qui sembla durer une éternité pour le garçon, elle se mit soudain à rire. La maladresse du rappeur avait au moins réussi à la dérider. Doucement, il releva la tête et croisa le regard de la jeune femme, heureux de la voir de nouveau sourire.

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